« Ce qu’il y avait de moins inutile sous le soleil, c’était de nous aimer les uns les autres»

« Ce qu’il y avait de moins inutile sous le soleil, c’était de nous aimer les uns les autres».

Merci Jean, cela a le mérite d’être clair, et sain(t ?), ce qui n’est pas pour me déplaire quand je regarde mes souliers (trop) bien alignés dans mon placard et mon étui à cigarettes…

Plus sérieusement, l’auteur de C’est une chose étrange à la fin que le monde nous livre ici une des clés il me semble de la vie qui nous est donnée et du temps que nous avons à disposition avant de nourrir les pissenlits par la racine comme dit le dicton.

Le grand intérêt de cette idée, c’est qu’elle est source de plaisir et de bonheur : elle nous pousse à aimer notre prochain bien sûr, à essayer d’apprivoiser l’autre qui est si différent et pourtant si semblable au fond, cette fraternité conduisant à une amélioration de la condition humaine avec un peu de chance (si on n’est pas trop con pour déclencher une guerre nucléaire par idéologie / peur / égo etc. Oui Donald, je parle de toi, tu es une honte pour mon pays). Plus encore, cette phrase fait l’éloge de ce que nous appelons l’amour, un grand et souvent beau concept, un peu fourre-tout d’ailleurs.

Quand je parle de fourre-tout, je fais référence à la part de la culture dans la création de cette chose. L’amour est-il une simple pulsion visant à la reproduction de l’espèce, que nous aurions sublimée à travers l’art et instrumentalisée à des fins sociales et politiques ? Je m’interroge sincèrement.

Ce que je sais, que vous savez également, c’est que l’amour est beau et bon. C’est, il me semble, le grand antidote au temps qui passe, au doute, à la vie. Multi usage, comme le nouveau robot ménager Dyson … En vérité je vous le demande : avez-vous déjà été hanté par une crise existentielle ou des problèmes financiers (par ce que vous avez eu la mauvaise idée de vouloir impressionner des « gazelles » en boite de nuit en sabrant le champagne par exemple) dans les bras de l’être aimé ? Lorsque vous avez le souffle haletant ? Lorsque tous vos sens frémissent ?

La plénitude (j’aime beaucoup le mot anglais bliss) de ces instants où le temps se dilate semble nous indiquer que nous sommes à notre place, en train de réaliser ce pour quoi nous sommes faits. Et si cela peut vous paraître simplement utilitariste, je vous rassure, c’est bien plus que cela : la culture et notamment l’art ont élevé ce mélange de désir, d’envie, de curiosité, de bienveillance, à des degrés sublimes. La nécessité a été transcendée pour devenir autre chose.

Et si l’on pourrait me répondre que cette sublimation qui est en jeu ne change rien à l’affaire et ne fait que travestir un instinct millénaire de préservation de l’espèce, je répondrais sans crainte que notre humanité réside précisément dans nos pratiques les plus inutiles et les plus triviales. La pyramide de Maslow, rappelez-vous : alors que nous remplissons nos besoins les plus essentiels, du sommeil et de la nourriture, en passant par le besoin d’appartenance, nous finissons inéluctablement sur ce qui relève de l’idéal, des buts personnels etc. Et puis, l’ami Baudelaire nous disait bien dans Le peintre de la vie moderne que c’est la culture (et à travers elle, la littérature, la philosophie, la réflexion personnelle, la quête d’idéal) qui nous éloigne de nos réflexes bas, mesquins, simples et parfois vulgaires.

Finalement, toujours en repensant à l’ami Bobodelaire et au Peintre de la vie moderne, il me vient ce passage qui parle du dandy et de sa quête de l’amour : ce rentier nanti qu’est le véritable dandy est pour l’auteur le seul à réellement vivre l’amour parce qu’il poursuit l’amour pour des raisons purement esthétiques et idéales. Exit la nécessité biologique ou la question financière. L’amour pour l’amour et l’exaltation, Amabam amare !

En suivant ce fil conducteur, pour nous autres qui sommes peut-être nantis mais pas rentiers, il reste de l’espoir. À la lumière de ce que nous révèlent les sciences dures mais aussi la psychologie, qui nous informent de nos déterminismes et de nos bagages symboliques, il me semble que ce bel amour idéalisé est atteignable dès lors qu’il est dénué de toute nécessité et que nous prenons consciences de nos biais.

Exit à nouveau la peur de la solitude. Surtout, exit la fuite du malheur. Quand je vous parlais d’antidote à la vie précédemment, je tiens à préciser que je ne dis pas la vie malheureuse. Elle est compliquée, mais très simple également en tout sincérité. C’est peut-être même cette simplicité qui nous prend au dépourvu parce que nous avons naturellement besoin de l’élever. Cela me rappelle Luchini disant « personne peut te sortir de toi ».

L’amour pour ne pas être travesti doit être cherché pour l’amour. Cela devient une pure entreprise bienveillante et sensuelle. Une recherche éventuellement pour les romantiques et les monogames, d’un compagnon de route. J’aime beaucoup cette expression : faire un bout de chemin ensemble. Vivre, grandir, changer, aimer, caresser, rire, découvrir, l’un et l’autre, ensemble parce que c’est bien seul mais qu’à deux c’est mieux. Une rencontre de deux individualités qui se mettent à danser ensemble avec un rythme propre, comme le ballet de deux électrons pour les scientifiques et ceux qui savent compter au-delà de 4 (Spoiler Alert : ce n’est pas mon cas).

Et puis un jour, être séparé par la rupture ou la mort. Mais toujours avec dignité et respect. Parce que la vie continue, que la danse reprendra avec un/une nouvelle partenaire et parce que « un peu de chagrin prouve beaucoup d’amour mais beaucoup de chagrin montre trop peu d’esprit » dixit Shakespeare. Un monsieur digne et optimiste il me semble. J’aimerais partager avec vous la plus belle phrase que j’ai lu à ce sujet d’ailleurs, qui me vient de Flaubert : « Dans l’adolescence, on aime les autres femmes parce qu’elles ressemblent plus ou moins à la première ; plus tard, on les aime parce qu’elles diffèrent entre elles». Le monde est, il est beau, il nous a fait le don de l’émotion et de la sensation, peut-être les seules choses vraies et sûres ici-bas. Et l’amour est maître pour faire battre nos cœurs. Ça, le tabac, le Beau et le cognac aussi…

Vous me pardonnerez de ne pas avoir tout dit, de ne pas avoir pensé à tout. Le sujet est vaste, intarissable et mérite de toute manière d’en parler plus d’une fois.

Max, doctorant en babtoufragilité

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