Fragment Nietzschéen #6 Trop d’introspection tue l’introspection

Nietzsche sonde l’âme humaine mais sait qu’il ne peut sonder la sienne correctement : « Si je m’interprète, je m’introduis dans mon interprétation ; Je ne puis être moi-même mon interprète ».

Cela rejoint de manière intéressante ce que nous révèlent aujourd’hui la psychologie moderne et les neurosciences, notamment dans l’étude de la rumination et de la dépression : s’il faut reconnaître la place de l’introspection, de l’écoute de soi et de ses émotions, il faut contrôler cette entreprise au risque de tomber dans des cercles vicieux. Il faut y aller afin de reconnaître le ressenti, de résoudre les problèmes et de passer à autre chose.  Notre émotion est involontaire, mais notre attitude et nos actions sont de notre responsabilité.

Plus encore, Nietzsche est un penseur vitaliste (pas comme le Pick Up Artist Vitaly, tu sors !) qui nous conseille de suivre nos pulsions, de les écouter et de nous nourrir de cette force vitale qui nous anime, nous porte et nous pousse.

Fragment Nietzschéen #5 Du rejet de la faible gentillesse

Par « faible gentillesse », j’entends la philanthropie qui cache derrière une peur de l’autre, des représailles sociales. C’est ainsi qu’il parle des âmes étriquées et du poli :

« J’ai en horreur les âmes étriquées ; là, rien de bon, et presque rien de mauvais ». Un bel appel en somme à s’assumer, à être (ou à devenir) qui l’on est et à vivre selon nos propres termes.

« «  Il est si poli ! » – Oui, il a toujours sur lui un biscuit pour cerbère et il est si peureux qu’il prend tout le monde pour Cerbère, toi et moi compris, – voilà sa politesse »

Comme Nietzsche, osez taquiner !

« Oui ! Mon bonheur – veut donner le bonheur / Tout bonheur veut certes donner le bonheur ! / voulez-vous cueillir mes roses ? / Il vous faut vous baisser et vous cacher / Entre rochers et ronces, / Et souvent vous lécher les doigts ! / Car mon bonheur – aime taquiner ! / Car mon bonheur – aime la malice ! / Voulez-vous cueillir mes roses ? »

Fragment Nietzschéen #4 La misère du culte de la vérité

Nietzsche dit beaucoup de choses sur la vérité. Je vous avais déjà dit qu’il était un des premiers auteurs à reconnaître que sa vie influait sur sa pensée, qui n’était pas éthérée et absolument vraie. Il explique notamment que notre civilisation a mis en place un culte de la vérité parce qu’elle est morale.

Avec humour, il montre aussi comment le culte de la vérité, originaire de la religion en partie, scelle son tombeau. À force de vouloir toujours se rapprocher plus près de l’absolue et de l’essence, inatteignables (même Elon Musk envisage que la vie n’est qu’une illusion voire une simulation), l’Homme a trouvé de plus en plus de réponses afin d’éliminer Dieu de l’équation. Anecdote rapportée amusante d’ailleurs : lorsque l’astronome Laplace présenta à Napoléon sa Mécanique Céleste, ce dernier lui demanda où se trouvait Dieu dans cette mécanique. Réponse de l’intéressé : « Sire, je n’avais pas besoin de cette hypothèse ».

« Nous nous sommes arrangés un monde dans lequel nous pouvons vivre – En admettant des corps, des lignes, des surfaces, des causes, des effets […] Sans ces articles de foi, nul homme ne supporterait aujourd’hui de vivre ! Mais cela ne revient pas à les prouver. La vie n’est pas un argument ; parmi les conditions de la vie, il pourrait y avoir l’erreur »

Ainsi, comme nous le vivons de plus en plus aujourd’hui, la science semble éliminer des raisons d’agir, des buts, plutôt que d’en créer. Elle soulève des questions mais détruit des illusions. D’où le nihilisme existentialiste de Nietzsche et le nôtre même.

Le problème de ce culte de la vérité est qu’il est illusoire, une éternelle fuite en avant. C’est pour cela que Nietzsche introduit Le Gai Savoir par les versets suivants : « Depuis que je me suis fatigué de chercher / J’ai appris à trouver. / Depuis qu’un vent m’a tenu tête / Je fais voile avec tous les vents ».

Au-delà du renoncement à la vérité suprême pour se concentrer sur d’autres quêtes plus élevées, Freddie nous rappelle également qu’il souhaite vivre avec le monde tel qu’il est et le trouver beau tel qu’il est.

Fragment Nietzschéen #3 Dieu, la Chrétienté et la vie

Nietzsche place la création de la religion et de Dieu comme une erreur scientifique : l’homme est en quête de réponses et de vérité. Ne pouvant expliquer les mystères de la natures, les orages, les gens qui attrapaient un rhume, il invente des forces mystiques qui finissent par devenir, avec le temps, Dieu, afin d’expliquer ces phénomènes.

Ensuite vient le désir, à travers les religions, de calmer les angoisses existentielles et de civiliser l’humanité, afin que la société tourne (comme un hamster, le mouvement perpétuel à la porté de l’homme) et que les individus s’y insèrent de manière utile. C’est ce que Nietzsche appellera notamment l’instinct de troupeau. La critique de Nietzsche par rapport aux religions tient, comme celle de Freud finalement, au problème suivant : les moyens de coercition employés pour que les hommes sachent se tenir reposent sur l’éloge de la vie ultérieure qui justifiera tous les sacrifices effectués pour le bon fonctionnement de la société.

« « Dieu lui-même ne peut subsister sans des hommes sages » – a dit Luther, et à juste titre ; mais Dieu « peut encore moins subsister sans des hommes sans sagesse » – et cela, le brave Luther ne l’a pas dit ! »

« La décision chrétienne de trouver le monde laid et mauvais a rendu le monde laid et mauvais »

La vie présente est ainsi la seule vie qu’il y ait à vivre et si on exclut une morale grégaire qui juge et ne trouve pas le monde à son goût, on remplace tout cela par une éthique et par une volonté de jouir du monde comme il est. YOLO

Fragment Nietzschéen #2 Sur le mal et la morale

Parlons du mal justement : le mal, c’est mal ! (comme la drogue m’voyez ?). Mais encore ? Le mal est mal car il est contraire aux mœurs de notre temps. Il est mal car nous inquiète la peur de la perte d’amour comme dirait notre frustré de Sigi d’amour. Ce qui parle, c’est l’instinct de conservation de l’espèce, l’instinct du troupeau pour paraphraser Niet… Nitch…. Machin dont on ne sait écrire le nom. Pour faire simple, conformation à ce que le troupeau attend de nous afin de nous trouver utile, bon et donc nous accueillir et nous aimer.

Vous voulez faire le bien ? Vous vous croyez sans vice ? Désolé de vous décevoir mais votre volonté de puissance demeure, surprise ! Que vous vouliez affecter l’autre en bien ou en mal, vous êtes encore en train de vouloir avoir du pouvoir, une emprise sur l’autre. Où est la vertu ? L’excellence ? L’idéal ? Là où vous le souhaitez en fonction de ce que vous aurez déterminé, après avoir déconstruit votre/notre héritage. Et si la peur du pêché vous hante et que votre orgueil en prend un coup, Tonton Nietzsche (qui doit être sacrément sympathique devant un verre quand on apprend à le connaître) vous dirait les choses suivantes :

« J’ai en horreur les âmes étriquées ; Là, rien de bon, et presque rien de mauvais »

« “C’est à la seule condition que tu te repentes que Dieu te fait grâce” – Voilà qui susciterait chez un grec éclat de rire et scandale : il dirait “voilà bien un sentiment d’esclave”.

« Le pêché est un manquement à son égard, non à l’égard de l’humanité ! »

Pas de remord à avoir, seulement des expérimentations. Pour le penseur, « le succès et l’échec sont pour lui en premier lieu des réponses ». La seule honte, pour soi, serait de ne pas en tirer de leçon. Ce serait vulgaire après tout.

Fragment Nietzschéen #1 La vérité absolue existe-t-elle ?

La pensée serait objective ? Une idée tombée du ciel ? Un pur fruit de l’intellect ? Nietzsche rirait de lui-même d’abord puis de nous. Nous sommes corps, expérience, déterminisme, loukoums et j’en passe. Une tragédie qui a la bienveillance d’être comique, comme Friends au fond. Comme dit l’auteur dans Le gai savoir « Je me suis demandé si, somme toute, la philosophie n’a pas été seulement une interprétation du corps et une mécompréhension du corps ». Ainsi, il ne s’agit pas de « vérité, mais de quelque chose d’autre, disons de santé, d’avenir, de croissance, de puissance de vie ». Ainsi, on philosopherait pour sauver sa peau ? Après tout, où serait le mal ?

La vie, un saut de la foi / Éloge du « F*** it, we’re going live » existentialiste

Bonsoir ou bonjour tous,

Je vous écris douché (très écologique !) par une de ces délicieuses pluies d’été que j’affectionne particulièrement. Lorsque la fraîcheur des crachats contraste avec la pesanteur de l’air et du corps. Lorsque l’esprit est lavé des considérations inutiles. Lorsque nous sommes plongés dans le présent et immergé dans notre vitalité. Bref, beaucoup de “lorsque” tout de même. Promis, je vous épargne un « Moi président … » et autres anaphores. Petite musique d’ailleurs de Lulu Ginsburg pour accompagner cette lecture avec des scènes du film Slogan, un film à l’esthétique léchée que j’apprécie particulièrement. Ça ne vous donne pas envie de boire un cocktail sur une plage d’Asie Tropicale avec un être cher ?

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Sai Kung, un petit coin de paradis …

Cet article me tenait à cœur depuis longtemps : j’ai passé beaucoup de temps et j’en passerai encore plus dans le futur, à vouloir comprendre le monde, ses logiques, nos déterminismes, et finalement l’univers. Après tout, notre accès Netflix qui bug ce soir ou le lapin de la jolie Erasmus qui vous faisait de l’œil a bien peu d’importance au final quand vous pensez au trou noir qui est à des années lumières de nous, aux gens en train de rire dans les bars et à l’air que vous respirez à l’instant même. Le monde continue de tourner en somme.

En tant que grand perfectionniste, et vous l’êtes peut-être, et en tant qu’égocentrique, et vous l’êtes peut-être, je vis selon un code de conduite simple : prendre du plaisir dans l’existence et ne pas gâcher celui d’autrui (en fait, je veux être Rocco Siffredi en fait… Rocco Président !). Je suis pour une philosophie pratique du quotidien, que l’on peut chercher à incarner.

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En fait, c’est là que tout se complique : une amie féministe (big up à toi si tu me lis) me dit souvent que la prise de conscience consiste à retirer des œillères. À s’arracher les paupières je dirais même. C’est la jolie phrase de René Char qui dit : « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ». La prise de conscience des systèmes qui régissent notre environnement nous rend plus éclairés, plus tolérants, meilleurs avec les autres. Rappelez-vous ma « ligne de conduite » (c’est drôle quand même un Salomon qui parle de « tables de la loi »…), l’objectif 2 rempli, mission accomplished.

Vraiment ? Même pas en fait, on peut éviter du tort à l’autre mais finalement, la vie ressemble à mon sens plus à un atterrissage d’urgence, à peu près contrôlé qui ressemble plus à Sully qu’au World Trade Center avec un peu de chance. On ne contrôle que son côté de la relation (de quelque nature qu’elle soit). Ensuite, c’est là que la remarque sur l’égocentrisme prend tout son sens. L’égocentrique se voit généralement de deux manières : victime mais aussi bourreau. Le centre du monde peut aussi bien être le meilleur que le pire à ses propres. À mettre en parallèle des narcissiques, grandioses à l’extérieur, vides à l’intérieur, et des autres déficits de ressources internes. Voir la très bonne typologie de Christophe André qui sépare la confiance en soi, la vision de soi et l’estime de soi, pilier interne sur quoi tout repose.

Comment se rassurer ? « Je ne ferai jamais les choses parfaitement, je risque de causer du tort, je ne suis pas prêt ». Bref, toutes ces pensées que le cerveau peut ressasser. La rumination qui s’installe et tourne sur elle-même comme un chat chassant sa queue…

Il est simple je trouve d’avoir le vertige du monde, des logiques en jeu, de son insignifiance au regard du temps et de l’espace. Et finalement, le plus rassurant dans ses moments pour moi, c’est de me rappeler que nous sommes tous médiocres (oui, même toi au fond de la salle). Médiocres, faillibles, en train de chercher à faire de notre mieux avec notre propre réalité subjective. Article intéressant ici d’ailleurs sur les neurosciences et l’umwelt, terme allemand pour désigner la réalité telle que nous la vivons chacun de manière personnelle.

Comme disait le cher Nietzsche « celui qui ne veut parler et agir qu’avec justesse finit par ne rien faire du tout ». Et quand on recherche une philosophie de l’action, que l’on peut incarner, il faut alors se résoudre à être imparfait et à faire de son mieux. Élargir son umwelt le plus possible tout en sachant que cela ne sera jamais suffisant pour tout embrasser. Accepter cela. Trouver un système de pensée, une idéologie, qui au minimum favorise notre bonheur propre, idéalement permet celui des autres.

Nous avons des raccourcis cognitifs nombreux et puissants. Ils nous protègent, nous permettent de traiter rapidement l’immensité des informations qui nous entourent. Cerveau primal. Ce sont eux aussi qui nous amènent au racisme et à d’autres biais pas très Halal. D’où l’intérêt de décortiquer, de déconstruire et de se construire son propre système de pensée, parce que notre cerveau est malléable dans une certaine mesure.

Mais finalement, on revient à l’essentiel : nous n’aurons jamais toutes les informations et pourtant il faut agir, vivre même. Et c’est là que le grand philosophe Bill O’Reilly nous enseigne comment vivre malgré le doute et le manque de préparation.

Belle soirée, j’espère vous avoir inspiré, fait réfléchir et un peu rire aussi tout de même.

Max

Le Malaise dans la culture – Freud, un philosophe du bonheur ?

Chers tous, j’espère que vous vous portez bien par ce dimanche chaud et lourd de Fête des Mères. D’ailleurs, un petit mix sympathique pour accompagner l’envie de jungle tropicale de la journée.

J’espère aussi que vos cadeaux ont fait mouche ! D’ailleurs, petit conseil de l’ancien « blogueur mode » qui revient à la surface consciente : pour les femmes de nos vies aimant les belles choses, qui respirent ou non du monoxyde de carbone, je voudrais vous reparler comme au bon vieux temps de briquets anciens : saviez-vous qu’Yves Saint Laurent vendait à une époque, sous licence très probablement, des allume-feu ? Pas n’importe lesquels qui plus est. Je vous parle de beaux objets aux silhouettes gracieuses et aux finis “Luscious” comme diraient les anglais. On croirait voir des couleurs sensuelles de rouge à lèvres. Je ne vous en dis pas plus et je vous laisse d’ailleurs vous faire votre propre opinion :

Pour en revenir à nos moutons, j’aimerais vous reparler de Freud : je vous avais déjà dit que le cher Sigi n’était pas un personnage parfait, certainement pas. En effet, Michel Onfray, dans son Crépuscule d’une idole, l’avait déjà tabassé en bonne et due forme, avec coup de pied dans les côtes à la clé. La principale critique d’Onfray, et elle fait sens, c’est que Sigismund se voulait scientifique alors qu’il n’était, au fond, que philosophe. C’est dangereux que de prétendre être scientifique, car la science est pour nous garante d’objectivité et d’absolu. Bien sûr, dire cela exclut les présupposés de base qui font marcher nos mathématiques par exemple, avec les axiomes qu’on prend pour argent comptant pour faire fonctionner toute la machinerie.

Cependant, une fois le mal reconnu, il me semble intéressant de considérer la pensée du dit-philosophe. En particulier, la pensée de Freud dans Le Malaise dans la Culture. Lors de ma première lecture de celui-ci, j’avais déjà eu cette impression étrange de lire un livre philosophique qui était focalisé, d’une certaine manière, sur la question des moyens d’accès au bonheur. Je vais donc partager avec vous quelques points de vue clé à mon sens de ce livre afin de mieux connaître le bonhomme. Et puis, qu’y-a-t-il de mieux que de réfléchir au bonheur pour mieux le vivre ? Après tout, comme disait Montaigne, « philosopher, c’est apprendre à mourir » … Et donc à ne pas gaspiller le temps. En voiture Simone !

La religion, survivance de la « dépendance infantile »

On ne va pas se mentir, Freud était un anticlérical notoire. Pour faire simple, le Sigi en or considérait la religion comme une survivance de « la dépendance infantile ». Ainsi, « Dieu le père » prend là tout son sens pour l’auteur. Un père protecteur mais aussi punisseur, notamment dans la culture Judéo-chrétienne. C’est ainsi que cette figure paternelle nous renvoie selon Freud à l’origine de la culture et de la civilisation : à une force capable de nous effrayer suffisamment afin de réfréner nos pulsions agressives impossibles à conjuguer avec la vie en société. D’où le passage de l’Évangile selon Matthieu : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Nous y reviendrons d’ailleurs sur ce sujet que constituent la culture et la vie en société.

Deuxième assaut du petit père de la psychanalyse contre la religion, celle de nous détourner trop de la vie présente en attente d’une récompense future dans la vie antérieure. Cela rejoint la pensée de Max… Pardon, de Marx (quand des personnes font ce lapsus, je me demande encore comment je devrais le prendre !) : « La religion est l’opium du peuple ». La religion est ainsi perçue comme un tranquillisant. C’est ainsi que certains principes chrétiens peuvent prendre une signification toute autre : je pense notamment au fameux « Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers les derniers », de Matthieu toujours, qui pourrait être interprété comme un réconfort afin de supprimer la révolte.

Finalement, on pourrait se demander ce qu’aurait pensé Freud à la lumière des dernières théories scientifiques sur la création de l’univers : un tout, sorti d’une tête d’épingle alors qu’il n’y avait rien… Et si le tout était ce qu’on appelle Dieu ? Peut-être pas intelligible ou intelligent mais juste l’essence de ce qui est, de ce qui existe ? À vous de vous faire votre opinion sur la question.

Le bonheur selon Freud

La pensée de Freud accorde une place prépondérante au plaisir et aux pulsions. Le bonheur est ainsi pour Freud le fait de satisfaire ses désirs et pulsions, de nature souvent sexuelle selon lui, ce qui fera sa renommée mais aussi sa risibilité. Pour autant, il faut aussi considérer que l’auteur reconnaît et même encourage la transformation des désirs d’ordre sexuel en autre chose. C’est là ce qu’on appelle sublimation. Cette volonté d’ « amour » peut se transformer grâce à une gymnastique psychique en art, en science voire même en amour généralisé du prochain, qui est d’ailleurs pour lui la modification que s’évertue à répandre la culture humaine afin de fédérer l’espèce et la réunir. Nous y reviendrons.

Le prototype freudien du bonheur, c’est bel et bien le sexe, qui « assure à l’homme de vivre ses satisfactions les plus fortes et lui offrant à vrai dire le modèle de tout bonheur ». Un écho à faire à un précédent billet sur l’amour en général. Ces affirmations pourraient expliquer finalement le bien-fondé d’une libération sexuelle, même si elle peut être dangereuse et contraire aux intérêts de la culture et de la communauté, en menaçant pour certains les noyaux comme la famille ou plus simplement en prenant le risque de répandre l’agression sexuelle si l’acte n’est pas vu comme consensuel et protégé par certains garde-fous. La liberté des uns s’arrête là où celle des autres commencent …

Les pulsions sexuelles étant entravées par les normes sociales ou inaccessibles par moment ou pour certains, notre psychisme parvient par sublimation à trouver le bonheur ailleurs. C’est ainsi que Freud propose une certaine forme de cartographie des voies d’accès au bonheur :

  • Les formes du stoïcisme qui prônent un détachement par rapport aux objets de nos désirs, afin de ne pas être troublé par les différents malheurs et frustrations. On est là dans l’optique de limiter le déplaisir.
  • Les écoles qui encouragent à chercher des plaisirs simples et faciles d’accès. Il s’agit par exemple de l’épicurisme. On remarque ici d’ailleurs la part belle faite aux écoles de pensée antiques.
  • La recherche d’amour pour l’amour : afin de ne pas connaître la souffrance du désamour ou de la mort de l’être aimé, il s’agit là de se concentrer sur le sentiment amoureux plutôt que sur l’objet aimé. On est dans le « amabam amare » des Confessions de Saint Augustin, celui qui pousse à « un sentiment égal, imperturbable, tendre » dixit Freud. Une puissante mécanique civilisatrice.
  • Les amitiés « qui deviennent culturellement importantes parce qu’elles échappent à maintes restrictions de l’amour génital, par exemple son exclusivité ».
  • Les sublimations, qui détournent le désir afin de le réorienter sous d’autres formes : le travail, l’art et la science notamment. Ces moyens sont tout sauf inutiles pour l’auteur en raison de leur impact sur l’environnement et la porte de sortie qu’ils peuvent offrir face aux frustrations du monde extérieur.
  • La drogue sous ses nombreuses formes, atteignant directement à la source les générateurs de plaisirs. Rappelez-vous, Freud était cocaïnomane puis fumeur d’une vingtaine de cigares par jour, malgré ses cancers et opérations à répétition…
  • La folie ou la vie d’ermite : distordre la réalité, lui tourner le dos, la réinventer dans sa tête car tout est affaire de perception. Problème : cette méthode ne peut se heurter à l’autre, à moins de répandre sa folie par le prosélytisme et d’aspirer les autres dans cette nouvelle réalité. C’est là d’ailleurs que Freud range la religion.

En somme, trois grands moyens de sauver sa peau : les diversions comme le travail et la science, les sublimations comme l’art et la quête du Beau offrant des plaisirs de substitution et enfin la drogue (c’est mal, m’voyez ?).

Les sources du malheur

Nous parlions justement de sources de frustration extérieures. Freud en identifie trois majeures :

  • La nature : puissance indomptable que l’homme cherche à conquérir et à soumettre à son désir à travers le travail et la science.
  • Notre propre corps : il souffre, meurt lentement et utilise la douleur comme « signal d’alarme » face au danger pour notre préservation
  • L’autre : cet autre peut être un individu, une communauté, un état. Bref, il s’agit de celui avec lequel nous composons au quotidien car nous vivons selon le contrat social. Ma liberté s’arrête là où la tienne commence.

C’est d’ailleurs là que naît la raison d’être du Malaise dans la culture : décortiquer cette relation à l’autre et plus particulièrement les ficelles de la société et de la culture, construction humaine, afin de voir là où elle pourrait être améliorée. Malheureusement, l’exercice tourne court, car après un diagnostic de la civilisation occidentale, Freud s’admet impuissant pour proposer de réels éclaircissement, si ce n’est d’enjoindre chacun à chercher sa propre voie d’accès au bonheur grâce aux indices proposés de-ci de-là.

La culture, un compromis – « A good deal makes no one happy »

La culture est donc vue comme une construction humaine afin de permettre la vie en communauté et ce, de manière pacifiée. Son but, avant de permettre le bonheur, est de permettre d’unir le plus grand monde. Sous l’influence de ce qu’il appelle la pulsion érotique, qui cherche à unir, l’Homme se rassemble en communauté grandissante, faisant parfois-fi des besoins individuels et des pulsions agressives inhérentes, animales presque, contrées dans un premier temps par la répression, par la justice, par la sentence. Une fois cette peur de désamour de la communauté ancrée, la répression devient intérieure par le biais de la conscience morale, du surmoi.

La culture dans une certaine mesure cherche à permettre un bonheur moindre mais pérenne : la liberté des premiers hommes était la plus grande. Cependant, cette liberté était réservée au plus fort ainsi que sans protection face à d’autres encore plus maousse que soi. Ainsi, restrictions pour tout le monde pour une satisfaction protégée pour tous. C’est là que je trouve l’analyse freudienne intéressante : pour Sigi, le développement culturel ne cherche pas à permettre plus de bonheur mais à offrir plus de sécurité. C’est là que me revient la petite phrase d’un bon ami : « A good deal makes no one happy », parce que personne ne sera pleinement satisfait. Est-ce une vérité absolue ? Je ne crois pas. Cela impose par contre de ménager ses attentes et de se focaliser sur ce qui rend vraiment heureux, ce qui est vraiment nécessaire. Cela me rappelle notamment la communication non-violente de feu Marshall Rosenberg, qui proposait de se concentrer sur les besoins fondamentaux. Ces besoins fondamentaux sont ensuite derrière tout ce que nous désirons selon lui : besoin d’un Iphone ? C’est un besoin avant tout d’appartenance et de reconnaissance sociale. Simplification grossière mais ça illustre bien l’idée.

Là où les agressions envers la culture naissent ensuite, selon Freud, c’est lorsque le contrat insatisfaisant qui a été accepté plus ou moins consciemment, n’est pas respecté : c’est là que l’inégalité sociale nous est insupportable. C’est là que le peuple gronde devant les élites jouant au-dessus des règles communes, dans « une autre cour ». Pensez évasion fiscale et entreprises plus puissantes que les états qui délocalisent les sièges et font de l’évasion fiscale. Pareil pour des élus abusant de leurs avantages et j’en passe. Le contrat social, c’est cette idée que l’intérêt commun compte autant que l’intérêt personnel. Ensuite, les proportions exactes entre les deux varient, selon les personnes, les cultures, les époques.

La seconde agression selon l’auteur provient ensuite de la pulsion de mort, pulsion agressive et relent de notre origine archaïque. L’être humain ainsi que la société à un niveau macroscopique disposent d’une énergie violente qu’il leur évacuer et idéalement canaliser selon des voies socialement admises. Cela peut être la compétition (pensez au foot par exemple, le nouvel « opium du peuple » pour certains) ou bien même des boucs émissaires. Un gros Point Godwin me paraîtrait ici très à propos pour illustrer cette notion de manière efficace.

C’est là que finalement l’importance placée par Freud sur le travail prend tout son sens dans le fait de vivre en société : malgré les inefficacités de la société et ses insuffisances, le bonhomme disait qu’être « normal, c’est aimer et travailler ». Freud récuse ceux qui imaginent un bonheur plus grand en dehors de la société et de la culture. Un rapprochement à faire avec la démocratie et de la maxime de Churchill « La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ». Travailler, c’est d’abord répondre à la nécessité. Plus encore, cela peut se produire « lorsqu’elle est librement choisie », la profession peut être un moyen comme vu tout à l’heure de déplacer des énergies psychiques à un but collectif et productif. Enfin, le travail comme l’amour sont des facteurs de rapport à la réalité et à l’autre. Cela évite démence, paranoïa et exclusion. D’où d’ailleurs la souffrance que peut produire le travail solitaire et le chômage par exemple. L’amour quant à lui, c’est quitter son point de vue, entrer en rapport et apprendre à aimer autre que soi.

Réserves sur l’amour universel et le communisme

Un point intéressant à relever dans Le Malaise dans la culture, c’est bien l’ambivalence de l’auteur par rapport à l’amour universel et les aspirations idéalistes, des communistes par exemple.

Pour l’auteur, plusieurs réserves s’imposent : tout d’abord, il part du postulat que l’amour est un Jeu à somme nulle, c’est-à-dire un gâteau fini dans un sens : l’amour de tous diminue mécaniquement la valeur de l’amour donné. C’est là que Freud utilise la notion d’économie libidinale. Cela ressemble beaucoup à la loi de l’offre et de la demande et au principe de rareté qui fait la valeur. Seconde réserve freudienne, cette attitude bienveillante est dangereuse car elle part du postulat que l’autre est bienveillant, nous ramenant aux inefficacités de la culture à brider effectivement l’instinct de mort et d’agression qu’il suppose chez l’homme.

C’est de la même manière que Sigismund remet en cause l’idéal communiste. Même si tout le monde voyait ses besoins satisfaits, est-ce que l’Homme ne conserverait pas tout de même son penchant agressif ? Et puis, l’Homme pourrait-il jouer selon les règles du jeu ? C’est là où l’échec communiste en URSS ou en Corée du Nord interroge : est-ce faute de moyens pour satisfaire toute la population que la répression est si forte pour faire avec le peu qu’ils avaient ? Ou était-ce une perversion par des élites se faisant bâtir des palais ? CF Ceaușescu, le dictateur roumain.

Le palais, OKLM

Cela renvoie à la question fondamentale qui divise en fait : l’humain est-il bon par nature et est-ce la frustration qui le rend mauvais ? Je suis pour ma part intrigué par l’avis de Freud et de Baudelaire. Ce dernier disant dans Le Peintre de la vie moderne : « Le mal se fait sans effort, naturellement, par fatalité ; le bien est toujours le produit d’un art ». Comme toujours, j’imagine que la vérité se trouve au milieu.

Le problème posé par les injonctions culturels à l’amour universel et à l’altruisme selon Freud, c’est le dénigrement de soi et de sa propre satisfaction qui dans les cas qui l’intéressaient, se faisaient névroses. D’où les appels d’adaptations de la culture mais aussi de prises de recul personnels face aux injonctions de la conscience. On y vient d’ailleurs de suite.

Autorité extérieure, conscience et dérives

La vision freudienne s’interroge sur l’origine de la conscience. Elle parait pour l’auteur être une conséquence de l’autorité extérieure ainsi que du refoulement d’une violence non-exprimée à l’extérieur et qui se fait donc intérieur. C’est pour cela qu’il suppose que les personnes les plus « vertueuses » avaient la conscience la plus impitoyable. Le postulat de départ de Freud est d’ailleurs son « mythe scientifique » de la Horde Primitive que je vous invite à découvrir ici de manière bien résumée. Ensuite, on peut s’en passer afin de comprendre la pensée de l’auteur et s’épargner une supposition simpliste et non nécessaire.

Par peur du désamour de la communauté et de violences en représailles, l’individu se conforme et n’extériorise pas sa violence interne. Cette violence cherche des biais pour s’exprimer et se tourne donc contre l’individu-même, par le développement de la conscience morale et du fameux surmoi. C’est un phénomène externe qui devient interne, au point que la culpabilité apparaît pour de simples « intentions » et non des passages à l’acte. Le problème de cette conscience morale pour Sigi, c’est qu’elle est trop exigeante. En effet, on doit être « bon » pour faire comme tout le monde nous dit-on jeune mais est-ce que les autres sont également bons ? C’est l’interrogation de Freud. Ensuite, le problème de la conscience morale est qu’elle devient de plus en plus violente à mesure que les désirs et que la violence est refoulée. C’est pourquoi Freud appelle en somme à se la couleur douce. C’est un peu comme Lucchini qui cite Céline en fait !

Et puis, pour finir, petite provocation freudienne pour clore le sujet pour l’instant : « L’éthique naturelle n’a ici rien à offrir si ce n’est la satisfaction narcissique de pouvoir se considérer meilleur que les autres ».

En conclusion, on pourrait remarquer que Freud est le popotin entre deux chaises : entre des appels à la sublimation élevée et des piques contre la morale. En somme, à nous de réfléchir pour trouver le juste milieu entre intérêt personnel et commun.

À bientôt,

Max

« Ce qu’il y avait de moins inutile sous le soleil, c’était de nous aimer les uns les autres»

« Ce qu’il y avait de moins inutile sous le soleil, c’était de nous aimer les uns les autres».

Merci Jean, cela a le mérite d’être clair, et sain(t ?), ce qui n’est pas pour me déplaire quand je regarde mes souliers (trop) bien alignés dans mon placard et mon étui à cigarettes…

Plus sérieusement, l’auteur de C’est une chose étrange à la fin que le monde nous livre ici une des clés il me semble de la vie qui nous est donnée et du temps que nous avons à disposition avant de nourrir les pissenlits par la racine comme dit le dicton.

Le grand intérêt de cette idée, c’est qu’elle est source de plaisir et de bonheur : elle nous pousse à aimer notre prochain bien sûr, à essayer d’apprivoiser l’autre qui est si différent et pourtant si semblable au fond, cette fraternité conduisant à une amélioration de la condition humaine avec un peu de chance (si on n’est pas trop con pour déclencher une guerre nucléaire par idéologie / peur / égo etc. Oui Donald, je parle de toi, tu es une honte pour mon pays). Plus encore, cette phrase fait l’éloge de ce que nous appelons l’amour, un grand et souvent beau concept, un peu fourre-tout d’ailleurs.

Quand je parle de fourre-tout, je fais référence à la part de la culture dans la création de cette chose. L’amour est-il une simple pulsion visant à la reproduction de l’espèce, que nous aurions sublimée à travers l’art et instrumentalisée à des fins sociales et politiques ? Je m’interroge sincèrement.

Ce que je sais, que vous savez également, c’est que l’amour est beau et bon. C’est, il me semble, le grand antidote au temps qui passe, au doute, à la vie. Multi usage, comme le nouveau robot ménager Dyson … En vérité je vous le demande : avez-vous déjà été hanté par une crise existentielle ou des problèmes financiers (par ce que vous avez eu la mauvaise idée de vouloir impressionner des « gazelles » en boite de nuit en sabrant le champagne par exemple) dans les bras de l’être aimé ? Lorsque vous avez le souffle haletant ? Lorsque tous vos sens frémissent ?

La plénitude (j’aime beaucoup le mot anglais bliss) de ces instants où le temps se dilate semble nous indiquer que nous sommes à notre place, en train de réaliser ce pour quoi nous sommes faits. Et si cela peut vous paraître simplement utilitariste, je vous rassure, c’est bien plus que cela : la culture et notamment l’art ont élevé ce mélange de désir, d’envie, de curiosité, de bienveillance, à des degrés sublimes. La nécessité a été transcendée pour devenir autre chose.

Et si l’on pourrait me répondre que cette sublimation qui est en jeu ne change rien à l’affaire et ne fait que travestir un instinct millénaire de préservation de l’espèce, je répondrais sans crainte que notre humanité réside précisément dans nos pratiques les plus inutiles et les plus triviales. La pyramide de Maslow, rappelez-vous : alors que nous remplissons nos besoins les plus essentiels, du sommeil et de la nourriture, en passant par le besoin d’appartenance, nous finissons inéluctablement sur ce qui relève de l’idéal, des buts personnels etc. Et puis, l’ami Baudelaire nous disait bien dans Le peintre de la vie moderne que c’est la culture (et à travers elle, la littérature, la philosophie, la réflexion personnelle, la quête d’idéal) qui nous éloigne de nos réflexes bas, mesquins, simples et parfois vulgaires.

Finalement, toujours en repensant à l’ami Bobodelaire et au Peintre de la vie moderne, il me vient ce passage qui parle du dandy et de sa quête de l’amour : ce rentier nanti qu’est le véritable dandy est pour l’auteur le seul à réellement vivre l’amour parce qu’il poursuit l’amour pour des raisons purement esthétiques et idéales. Exit la nécessité biologique ou la question financière. L’amour pour l’amour et l’exaltation, Amabam amare !

En suivant ce fil conducteur, pour nous autres qui sommes peut-être nantis mais pas rentiers, il reste de l’espoir. À la lumière de ce que nous révèlent les sciences dures mais aussi la psychologie, qui nous informent de nos déterminismes et de nos bagages symboliques, il me semble que ce bel amour idéalisé est atteignable dès lors qu’il est dénué de toute nécessité et que nous prenons consciences de nos biais.

Exit à nouveau la peur de la solitude. Surtout, exit la fuite du malheur. Quand je vous parlais d’antidote à la vie précédemment, je tiens à préciser que je ne dis pas la vie malheureuse. Elle est compliquée, mais très simple également en tout sincérité. C’est peut-être même cette simplicité qui nous prend au dépourvu parce que nous avons naturellement besoin de l’élever. Cela me rappelle Luchini disant « personne peut te sortir de toi ».

L’amour pour ne pas être travesti doit être cherché pour l’amour. Cela devient une pure entreprise bienveillante et sensuelle. Une recherche éventuellement pour les romantiques et les monogames, d’un compagnon de route. J’aime beaucoup cette expression : faire un bout de chemin ensemble. Vivre, grandir, changer, aimer, caresser, rire, découvrir, l’un et l’autre, ensemble parce que c’est bien seul mais qu’à deux c’est mieux. Une rencontre de deux individualités qui se mettent à danser ensemble avec un rythme propre, comme le ballet de deux électrons pour les scientifiques et ceux qui savent compter au-delà de 4 (Spoiler Alert : ce n’est pas mon cas).

Et puis un jour, être séparé par la rupture ou la mort. Mais toujours avec dignité et respect. Parce que la vie continue, que la danse reprendra avec un/une nouvelle partenaire et parce que « un peu de chagrin prouve beaucoup d’amour mais beaucoup de chagrin montre trop peu d’esprit » dixit Shakespeare. Un monsieur digne et optimiste il me semble. J’aimerais partager avec vous la plus belle phrase que j’ai lu à ce sujet d’ailleurs, qui me vient de Flaubert : « Dans l’adolescence, on aime les autres femmes parce qu’elles ressemblent plus ou moins à la première ; plus tard, on les aime parce qu’elles diffèrent entre elles». Le monde est, il est beau, il nous a fait le don de l’émotion et de la sensation, peut-être les seules choses vraies et sûres ici-bas. Et l’amour est maître pour faire battre nos cœurs. Ça, le tabac, le Beau et le cognac aussi…

Vous me pardonnerez de ne pas avoir tout dit, de ne pas avoir pensé à tout. Le sujet est vaste, intarissable et mérite de toute manière d’en parler plus d’une fois.

Max, doctorant en babtoufragilité

Sublimation et exégèse du corps

Oyé oyé camarades, je sais ce que vous vous dites en regardant ce titre : kézako !?! De quoi ce bobo-pseudo-intello peut-il bien parler ? Il essaye sans doute de serrer en écrivant des choses pareilles (malheureusement non, ça ne marche clairement pas !) ou il se prend trop la tête (sans doute et c’est le point de ce billet).

Quand la frustration se transforme en repli sur soi et en prétention, pour cacher un ego fragile bien sûr

Alors que je préparais un article à rallonge sur une jolie phrase de d’Ormesson et que je jacassais sur un certain idéal de l’amour, un concept me revint soudain en pleine poire. Bien sûr, à défaut de partager un jour naïvement (et avec un cognac de trop dans le sang) ce texte caché dans une cave, je ne veux priver personne de cette citation d’une élégante simplicité : “ce qu’il y avait de moins inutile sous le soleil, c’était de nous aimer les uns les autres”.

Bref, revenons à nos moutons. Ce concept, c’est celui de la sublimation, une idée fascinante de Nietzsche, développée dans Le Gai Savoir : “Le travestissement inconscients des besoins physiologiques sous les masques de l’objectivité, de l’idée, de la pure intellectualité, est capable de prendre des proportions effarantes – et je me suis demandé assez souvent demandé si, tout compte fait, la philosophie n’aurait pas absolument consisté en une exégèse du corps et un malentendu du corps“.

Boum ! En pleine poire les intellectuels et surtout les intellectuels frustrés. Ce concept de sublimation a été ensuite largement pompé par notre cher Sigmund Freud (Sigi pour les intimes et sa moman). Cependant, il a eu le mérite de développer ce concept en long et en large en bon philosophe névrosé qu’il était. La sublimation serait en fait une évacuation de besoins du corps auxquels nous ne répondons pas, je pense notamment à la sexualité, à l’autre, au sommeil.

Là où je voudrais en venir, et qui explique aussi ma pique gratuite et méchante envers les butthurt fedora dudes, c’est que la réflexion, l’introspection et la création artistique pourraient en larges parties être un moyen détourné de vivre et de répondre à nos besoins non assouvis pour cause d’inadaptation et d’incapacité à vivre la vie réelle. Dès lors, plusieurs questions s’imposent si l’on souscrit à cette vision :

Exit tout d’abord la prétention des pseudo-intellectuels vis-à-vis des masses non-pensantes. Cette aversion envers ceux qui, pour vulgariser à l’extrême, vivent sans se poser de question, démontre en fait beaucoup de jalousie et d’envie en fait. Cette pédanterie est caractéristique du fameux voir la paille dans l’oeil du voisin et ne pas voir la poutre dans le sien.

Cependant, que les choses soient claires entre nous : je ne souscris pas le moins du monde à l’idée que nous ne devrions pas pratiquer l’introspection, lire, apprendre et pratiquer d’autres activités culturelles / intellectuelles. Loin de là ! Je crois fermement au concept du progrès (qui est une idée, à laquelle nous pouvons choisir d’adhérer ou pas), à la sociologie comme sport de combat pour améliorer la condition humaine et nous faire prendre conscience de nos préjugés et nous rapprocher d’une vie plus harmonieuse, juste et pacifiée. Autant faire en sorte que nos séjours sur Terre soient de plus en plus heureux et agréables (NDLR, quand je me relis, je ris !)

Est-ce si compliqué dans le fond ?

Deuxième conclusion à en tirer : la philosophie et l’introspection sont des outils pour mieux vivre et être meilleur (tout un concept et peut-être un futur article d’ailleurs) dans le quotidien. Une position donc, à nouveau, que la philosophie se vis et ne fait pas que se penser. L’introspection devient rumination si l’action n’a pas sa place, dixit les travaux sur la psychologie du bonheur.

Mon espoir au fond : réfléchir mais pas que, et surtout s’abstenir ce dénigrer l’autre pour sa différence ou par jalousie (projection quand tu nous tiens). En somme, préférer le chemin douloureux parfois de l’honnêteté intellectuelle. Oui, ça fait mal, mais ça vaut le coup. Les plus avertis répondront avec raison no shit Sherlock ! 

La bise,

Max